Rumeurs

J’ai lu une rumeur sur un possible déconfinement dès la mi-avril, pour les personnes à faible risque. Ma première réaction a été « oh, déjà ? » ou pointait nettement une déception. Réaction rapidement remplacée par le soulagement de retrouver plus de liberté. L’espoir. Puis l’incrédulité.

Déjà ? Oui, car je me suis habitué, ces trois dernières semaines, au rythme imposé et à l’univers rétréci. Les loisirs sont clos, le trajet domicile travail consiste à traverser le vestibule, l’organisation de la journée est, dans le cadre très restreint actuel, d’une grande liberté. Je savoure aussi, un peu, la solitude et la tranquillité. Rejeté loin de moi ces derniers mois, mes plaisirs casaniers et misanthropes se redéploient comme un corps après un long sommeil, langoureusement, s’étalent dans l’appartement par volutes également doux et angoissants. La procrastination, ami fidèle de la solitude, se promène elle aussi sur la pointe des pieds, d’un meuble à terminer à la vaisselle à ranger, tout en passant un doigt ironique sur une étagère poussiéreuse et en tapotant négligemment une pile de livres à lire vaincus par Netflix. Le confinement, c’est aussi un grand moment d’auto-responsabilisation : l’argument du manque de temps devient assez vite intenable, même lorsqu’on est le plus crédule et complaisant interlocuteur de soi même.

Déjà ? Car le confinement, c’est aussi un énorme rétrécissement de contact social. Evidemment, puisque c’est le but. Par effet de bord c’est la disparition des autres voyageurs dans le métro, ces congénères mal lavés et qui font la gueule. Pas besoin de dire bonjour joyeusement aux collègues même les jours où vraiment, non, je n’ai pas envie d’être enthousiaste et bienveillant, pas non plus une infinité d’activités plus ou moins imposées ou auto imposées, pas de personnes à voir parce-qu’il-le-faut. Au fond de moi, même, j’ai ressenti la tranquillité de ne pas avoir à tromper le célibat en rencontrant des garçons qui, eux, trompent leur conjoint. Pas besoin de multiplier ces rencontres décevantes à la recherche de quelqu’un qui n’existe pas, et dont probablement je ne voudrais même pas, tiraillé que je suis entre l’envie apaisante d’un autre, et le rejet égoïste des contraintes qui vont avec. Cela laisse la place aux amitiés anciennes, fiables et rassurantes, et à quelques contacts où l’absence de possibilité physique permet de prolonger ces relations sur le fil du rasoir, ces moments d’échange où l’on découvre, jauge, imagine et confronte l’autre, où se succèdent déceptions et ravissements, bref la danse de la séduction. Naturellement, c’est aussi parfait pour rester dans le virtuel, qui ne pourra non plus durer éternellement.

Sauf qu’une autre rumeur parle de fin mai. Boum. Saturday blues.

Une réponse sur “Rumeurs”

  1. Pareil pour moi dans le sens où je ne vois pas que du négatif à cette période. J’aime bien être chez moi, et donc ce plaisir est toujours bien là. Et adieu le FOMO !!!! 😀

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