{"id":211,"date":"2024-08-20T09:00:51","date_gmt":"2024-08-20T07:00:51","guid":{"rendered":"https:\/\/ral3020.fr\/?p=211"},"modified":"2024-08-20T09:03:13","modified_gmt":"2024-08-20T07:03:13","slug":"juste-un-peu-dair","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2024\/08\/20\/juste-un-peu-dair\/","title":{"rendered":"Juste un peu d&#8217;air"},"content":{"rendered":"\n<p>L&#8217;air est lourd. <\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est le matin. Un matin d&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris. Les draps sont froiss\u00e9s. Du bout du pied, tu joues avec le coin du tissus. Il est l\u00e9ger, presque un voile, mais pourtant d\u00e9j\u00e0 trop chaud. Dehors r\u00e9sonnent quelques bruits parasites. Un chat qui miaule. Des oiseaux. Pas un bruissement d&#8217;arbre. D\u00e9j\u00e0, tu devines la chaleur \u00e0 venir de la journ\u00e9e, d\u00e9j\u00e0, tu crois sentir le mur rayonner la chaleur du soleil qui, d\u00e9j\u00e0, le frappe impitoyablement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est le matin, et tu es l\u00e0, \u00e0 penser un peu au ralenti. Il y a un bruit, pourtant, inhabituel. Oubli\u00e9. Inattendu. Le pied fait bouger encore ce bout de drap. Le rejete. Regrette. Le ram\u00e8ne. La jambe le soul\u00e8ve. S&#8217;y enroule un peu. Bascule, entra\u00eenant avec lui le corps tout entier. Un bras hors de contr\u00f4le, s&#8217;\u00e9tend jusqu&#8217;\u00e0 fr\u00f4ler le corps allong\u00e9 l\u00e0, que les doigts instinctivement se mettent \u00e0 caresser. La t\u00eate roule sur l&#8217;oreiller. Des m\u00e8ches de cheveux s&#8217;\u00e9crasent. D&#8217;autres s&#8217;\u00e9panouissent. Un rai de lumi\u00e8re, mal filtr\u00e9 par le volet, dispara\u00eet dans leur couleur noir profond sur le tissu \u00e0 motif marini\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;air, en revanche, est immobile. L&#8217;air d&#8217;un matin d&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris, d\u00e9j\u00e0 \u00e9crasant. Il y a un souffle, pourtant, inhabituel. Oubli\u00e9. Inattendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce souffle porte avec lui le parfum lourd d&#8217;une chambre \u00e0 l&#8217;aube. Il est r\u00e9gulier. Il dort encore. Inlassablement, doucement, r\u00e9guli\u00e8rement, il inspire ce lieu qui est le tien, qui n&#8217;avait plus vu d&#8217;\u00e9tranger depuis longtemps, et le restitue, identique avec un petit ajout, un petit peu de lui, dans chaque expiration. De tes yeux, tu suis le trait de lumi\u00e8re, tu bailles, tu t&#8217;\u00e9veilles vraiment et pourtant, plus bas que les yeux, que le nez, que la bouche, que le cou, juste l\u00e0, sous ta poitrine qui se l\u00e8ve et s&#8217;abaisse en suivant la mesure de l&#8217;autre, tu as l&#8217;impression que ton coeur, lui, h\u00e9site, est perdu, ne sait plus, car apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 si longuement endormi, il se r\u00e9veille en r\u00eavant un peu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;air est l\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est le matin. Un matin d&#8217;\u00e9t\u00e9 en Bourgogne. Je viens de me lever, d&#8217;ouvrir la porte. Un caf\u00e9, je suis sorti. Dehors, le haut des arbres est dans un reste de brume. Le coq chante, il est, avec d&#8217;autres oiseaux qui p\u00e9pient, seul \u00e0 animer la campagne qui dort encore. L&#8217;air est humide et se d\u00e9pose sur les arbres, les plantes, en gouttelettes transparentes. Pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;ai vu de la vapeur sortir de ma bouche en expirant, et r\u00e9alis\u00e9 que sur cette petite terrasse, \u00e0 constater le r\u00e9veil de ce petit monde, j&#8217;avais froid. J&#8217;aime la fin du mois d&#8217;ao\u00fbt, quand les chaleurs d&#8217;\u00e9t\u00e9 c\u00e8dent la place aux aurores fra\u00eeches de septembre. J&#8217;aurai aim\u00e9 qu&#8217;au chant du coq, s&#8217;ajoute un leger souffle, derri\u00e8re moi. \u00c7a aurait \u00e9t\u00e9 toi. Tu m&#8217;aurais rejoint, tu aurais coll\u00e9 ton torse \u00e0 mon dos, tu m&#8217;aurais entour\u00e9 de tes bras, mains sur mon c\u0153ur, tu aurais pos\u00e9 le bas de ton visage sur le haut de mon \u00e9paule, tu aurais joint ton souffle au mien et on serait rest\u00e9 l\u00e0 \u00e0 vivre le moment en communion. Alors tu aurais frissonn\u00e9, j&#8217;aurais souri, et tu aurais murmur\u00e9 : &#8220;vient, retournons au lit&#8221;. Et j&#8217;aurais \u00e9t\u00e9 le plus heureux des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le caf\u00e9 \u00e9tait achev\u00e9. J&#8217;ai frissonn\u00e9. J&#8217;ai souri. Je suis rentr\u00e9. Je suis retourn\u00e9 au lit. Sur la table de chevet m&#8217;attendait ton premier message de la journ\u00e9e. Il \u00e9tait 7h39 le mardi 20 ao\u00fbt et l&#8217;air, l\u00e9ger, m&#8217;avait apport\u00e9 quelques mots, de toi et rien que pour moi. Et alors, j&#8217;\u00e9tais le plus heureux des hommes<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;air est lourd. C&#8217;est le matin. Un matin d&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris. Les draps sont froiss\u00e9s. Du bout du pied, tu joues avec le coin du tissus. Il est l\u00e9ger, presque un voile, mais pourtant d\u00e9j\u00e0 trop chaud. Dehors r\u00e9sonnent quelques bruits parasites. Un chat qui miaule. Des oiseaux. Pas un bruissement d&#8217;arbre. 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