{"id":163,"date":"2020-12-11T15:15:16","date_gmt":"2020-12-11T14:15:16","guid":{"rendered":"http:\/\/ral3020.fr\/?p=163"},"modified":"2020-12-11T15:15:16","modified_gmt":"2020-12-11T14:15:16","slug":"les-plaisirs-oublies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/12\/11\/les-plaisirs-oublies\/","title":{"rendered":"Les plaisirs oubli\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed-twitter wp-block-embed is-type-rich is-provider-twitter\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<blockquote class=\"twitter-tweet\" data-width=\"525\" data-dnt=\"true\"><p lang=\"fr\" dir=\"ltr\">Au moins 4 semaines que je n&#39;\u00e9tais pas sorti de mon douzi\u00e8me arrondissement, c&#39;est un vrai plaisir de d\u00e9ambuler autour d&#39;h\u00f4tel de ville.<br>Juste, je n&#39;aurais pas du prendre ma carte bancaire avec moi.<\/p>&mdash; RougeCerise Qu\u00e5dric\u00f8lor (@RougeCerise) <a href=\"https:\/\/twitter.com\/RougeCerise\/status\/1333838044932304900?ref_src=twsrc%5Etfw\">December 1, 2020<\/a><\/blockquote><script async src=\"https:\/\/platform.twitter.com\/widgets.js\" charset=\"utf-8\"><\/script>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Un plaisir finalement inattendu. Une surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;\u00e9tais parti, avec un but pr\u00e9cis. Et puis, une fois la t\u00e2che accomplie, puisque j&#8217;\u00e9tais l\u00e0\u2026 J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 marcher, \u00e0 lever les yeux des trottoirs pour voir la rue, les immeubles, les vitrines. In\u00e9vitablement, j&#8217;ai abouti chez Fleux, temple incontestable du gadget d\u00e9co \u00e0 la mode et outrageusement cher. J&#8217;y ai pens\u00e9 \u00e0 cette p\u00e9riode de no\u00ebl, au devoir des cadeaux. Cette ann\u00e9e si \u00e9trange donne une couleur particuli\u00e8re \u00e0 la p\u00e9riode du nouvel an et de No\u00ebl. Pas seulement pour les f\u00eates g\u00e2ch\u00e9es, confin\u00e9es, l&#8217;incitation \u00e0 ne pas trop bouger, les gestes barri\u00e8res, tout \u00e7a\u2026 Non. Cette ann\u00e9es, les cadeaux de fin d&#8217;ann\u00e9e auront un petit go\u00fbt de lot de consolation. &#8220;Allez, cette ann\u00e9e humainement bien merdique, on s&#8217;en souviendra, mais voil\u00e0, nous pensons \u00e0 nous, aux autres, et on va compenser avec toutes ces bricoles mat\u00e9rielles&#8221;. Maigre consolation, bien entendu. Un objet ne remplace pas des embrassades, des accolades, des rires, des jeux, des d\u00e9jeuners et des diners, toutes ces choses qui ont \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9es en 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>En fl\u00e2nant entre les bibelots, certains me donnaient envie. Certains sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9mod\u00e9s en revanche, presque d&#8217;une banalit\u00e9 \u00e0 mourir, par exemple les terrariums. Ce truc que j&#8217;ai l&#8217;impression de voir absolument partout (dont mon salon), qui est l&#8217;assurance d&#8217;avoir au moins une plante verte qui ne cr\u00e8ve (normalement) pas, \u00e7a avait un cot\u00e9 fabuleux au d\u00e9but. Maintenant qu&#8217;il y en a un chez le coiffeur, \u00e7a semble moins g\u00e9nial. Je regarde un couple, d&#8217;ailleurs, plant\u00e9 devant le rayonnage. Je les sens ennuy\u00e9s. Je sens le d\u00e9bat. Lui, grand, presque d\u00e9gingand\u00e9, elle plus \u00e9quilibr\u00e9e. Lui soigneusement n\u00e9glig\u00e9, elle rigoureusement appr\u00eat\u00e9e. Je me dis qu&#8217;ils ne vont pas bien ensemble. Lui la regarde d&#8217;ailleurs avec un air un peu constern\u00e9. Sont ils vraiment ensemble ? Ou bien sont ils seulement des amis \u00e0 la recherche d&#8217;un cadeau commun qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec les f\u00eates de fin d&#8217;ann\u00e9e ? Le d\u00e9part d&#8217;un coll\u00e8gue peut \u00eatre ? Ils ne peuvent pas \u00eatre fr\u00e8res et s\u0153ur, c&#8217;est certain. Ou alors d&#8217;une famille recompos\u00e9e, pourquoi pas ? Elle parle, elle tente de convaincre. Elle va \u00e9chouer : il n&#8217;est pas avec elle, il ne l&#8217;\u00e9coute pas m\u00eame. Il regarde ailleurs, il acquiesce machinalement. Soit il s&#8217;en cogne, soit il a d\u00e9j\u00e0 une autre id\u00e9e, soit il en a eu une qui a \u00e9t\u00e9 retoqu\u00e9e. En tout cas, ils sont mal partis et la recherche va \u00eatre longue, pour eux. Moi, je les abandonne.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai poursuivi, je suis all\u00e9 jusqu&#8217;aux halles et leur canop\u00e9e, le jardin, Sainte Eustache. Bien des commerces \u00e9taient ferm\u00e9s, l&#8217;atmosph\u00e8re n&#8217;\u00e9tait pas festive, l&#8217;affluence tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e. Pourtant, j&#8217;\u00e9tais bien, \u00e0 me balader seul dans ces rues. A force d&#8217;\u00eatre confin\u00e9, d&#8217;\u00eatre en couvre-feu, de ne pas aller \u00e0 plus d&#8217;un kilom\u00e8tre, j&#8217;ai petit \u00e0 petit omis ces lieux et les joies associ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Sautant un caniveau boueux, zigzaguant entre des barri\u00e8res de travaux, \u00e9vitant un rare passant, j&#8217;atteins finalement l&#8217;h\u00f4tel de ville. L\u00e0 aussi, c&#8217;est calme et vide. Cette esplanade, devant le pompeux b\u00e2timent, est encercl\u00e9e de barri\u00e8res m\u00e9talliques prot\u00e9geant quelques maigres sapins de no\u00ebl pas encore d\u00e9cor\u00e9s. Ils sont gard\u00e9s par quelques flics. Il n&#8217;y a pas de lumi\u00e8res chaudes. Pas de bruit. Pas de couleur. Pas de march\u00e9 de no\u00ebl ni de vente \u00e0 la sauvette. Pas m\u00eame de vendeur de ch\u00e2taignes grill\u00e9es qui d&#8217;ordinaire sont post\u00e9s aux sorties de m\u00e9tro. L&#8217;odeur charbonneuse de leurs barbecues improvis\u00e9s me manque, celle des vendeurs de vin chaud moyens, de tartiflette m\u00e9diocre servies dans des barquettes en carton, aussi. Celle des pains d&#8217;\u00e9pice, des vendeurs de savons bio-\u00e9quitable-naturel, aussi. Les vitrines du BHV semblent tristes, elles aussi. Rivoli, d\u00e9sormais tr\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 la circulation, renforce encore ce sentiment d&#8217;\u00eatre suspendu, comme en \u00e9tat second. Nous sommes \u00e0 peine en d\u00e9but de soir\u00e9e, on se croirait au milieu de la nuit. Ce n&#8217;est pas l&#8217;atmosph\u00e8re fantasmagorique du premier confinement. Ce n&#8217;est pas les rues vides, le silence absolu, le temps interrompu. C&#8217;est un entre deux. Pas ouvert, ni ferm\u00e9. Pas normal, mais pas totalement anormal. Un entre deux moche comme une journ\u00e9e de gr\u00e9sil dans des rues sales. Il y a une forme de beaut\u00e9 dans l&#8217;absolutisme du d\u00e9sert, mais qu&#8217;il soit envahi de quelques touffes d&#8217;herbes folles, et ce n&#8217;est plus qu&#8217;un terrain vague.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce terrain vague, une nouvelle normalit\u00e9 s&#8217;est install\u00e9e, plus restreinte. J&#8217;y trouve quelques plaisirs, comme mieux profiter des rares personnes que je persiste \u00e0 voir. Pourtant c&#8217;est en longeant les th\u00e9\u00e2tres, les cin\u00e9mas, les salles de spectacle, les bars, les boites, que je r\u00e9alise combien petit \u00e0 petit ils sont sortis de mon esprit. Les revoir me donne une furieuse envie de les fr\u00e9quenter, \u00e0 nouveau. Ces plaisirs habituels sont devenus oubli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e2te qu&#8217;ils soient recouvr\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un plaisir finalement inattendu. Une surprise. J&#8217;\u00e9tais parti, avec un but pr\u00e9cis. 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