{"id":156,"date":"2020-11-15T22:47:52","date_gmt":"2020-11-15T21:47:52","guid":{"rendered":"http:\/\/ral3020.fr\/?p=156"},"modified":"2020-11-15T23:06:17","modified_gmt":"2020-11-15T22:06:17","slug":"ils-saiment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/11\/15\/ils-saiment\/","title":{"rendered":"Ils s&#8217;aiment"},"content":{"rendered":"\n<p>C&#8217;est <a href=\"https:\/\/blog.matoo.net\/2020\/10\/18\/ils-saiment-hugh-nini-et-neal-treadwell\/\">Matoo<\/a> qui m&#8217;a fait d\u00e9couvrir ce livre. J&#8217;ai eu imm\u00e9diatement envie de le poss\u00e9der. Je n&#8217;ai pas r\u00e9sist\u00e9 longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est beaucoup plus volumineux que je n&#8217;avais imagin\u00e9. 350 clich\u00e9s, \u00e7a prend de la place.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me lasse pas de regarder ces t\u00e9moignages anonymes et rarement dat\u00e9s. Nous sommes habitu\u00e9s aux vieilles photographies, jaunes, noires, s\u00e9pias. Mais nous sommes habitu\u00e9s aux sc\u00e8nes de rues, aux photographies de classe, aux mariages, au familles qui posent, patriarche au centre, femme \u00e0 son cot\u00e9, marmaille tout autour. Nous sommes habitu\u00e9s, m\u00eame, aux clich\u00e9s de chasse, de p\u00eache, de travaux des champs. Nous sommes habitu\u00e9s aux images de kermesses. Aux souvenirs de bapt\u00eame. Aux d\u00e9parts au r\u00e9giment, les jeunes hommes soigneusement sangl\u00e9s dans leurs uniformes de soldats, le regard dur et conqu\u00e9rant, s\u00fbr de la force h\u00e9ro\u00efque et \u00e9rotique de leur fi\u00e8re allure.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes pas habitu\u00e9s aux photos de deux gar\u00e7ons, deux hommes enlac\u00e9s. Rieurs ou s\u00e9rieux. Posant ou saisis. Un bras sur une \u00e9paule. Une main sur une cuisse. Un regard pos\u00e9 sur l&#8217;autre, admiratif ou protecteur. Nous ne sommes pas habitu\u00e9s, surtout, \u00e0 ces sourires. Sur les vieilles photos, on voit rarement sourire. L\u00e0, ces gar\u00e7ons sourient. Ils sont heureux. A une \u00e9poque et dans des lieux o\u00f9 c&#8217;\u00e9tait encore moins \u00e9vident qu&#8217;ici et maintenant, ils rient. Ces sourires, c&#8217;est le bonheur. J&#8217;y devine parfois une pointe de g\u00e8ne, un m\u00e9lange d&#8217;inqui\u00e9tude et de fiert\u00e9 : celle de poser, de se montrer, d&#8217;assumer des sentiments, de prendre un risque. J&#8217;y vois le plaisir d&#8217;emmerder la soci\u00e9t\u00e9, de vivre libre un instant et d&#8217;en graver un souvenir, comme une marque de d\u00e9fiance et de provocation. Ces clich\u00e9s, dans de mauvaises mains, pouvaient ruiner une vie. Mais cach\u00e9es sous un uniforme, un costume du dimanche o\u00f9 un bleu de travail, donner une raison \u00e0 un c\u0153ur de battre. Ces photos, chacune individuellement et toutes rassembl\u00e9es, sont \u00e0 la fois indubitablement anciennes, et ind\u00e9niablement d&#8217;actualit\u00e9. Eux s\u00e9pias pourraient \u00eatre nous sur instagram. Les m\u00eames poses, les m\u00eames regards mutins, la m\u00eame fiert\u00e9. Avec eux, c&#8217;est comme se sentir une autre filiation. Puisque nous ne seront jamais comme nos parents, ces si beaux gar\u00e7ons nous donnent de nouvelles racines, une appartenance intemporelle \u00e0 une humanit\u00e9. Ces histoires en noir et blanc sont un encouragement aux couleurs de l&#8217;arc en ciel. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, ils m&#8217;offrent un pass\u00e9 et leur survivance au travers de ce livre, un futur, presque une immortalit\u00e9. Je suis heureux pour eux qu&#8217;ils soient l\u00e0. Ils peuvent \u00eatre fiers et je le suis pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Au hasard, j&#8217;ouvre la page 104, et ces deux gar\u00e7ons, l\u00e0, si jeunes, si beaux, en uniforme, le calot l\u00e9g\u00e8rement de travers, m&#8217;\u00e9meuvent intens\u00e9ment. J&#8217;aimerai les prendre contre moi, les remercier d&#8217;avoir fait cette photo, les remercier d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9, les encourager \u00e0 croire \u00e0 cet amour \u00e9vident, \u00e0 ne rien l\u00e2cher, jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;un \u00e0 un bras autour des \u00e9paules de l&#8217;autre. L&#8217;autre, justement \u00e0 nou\u00e9 ses mais sur celle de l&#8217;un,&nbsp; sur sa cuisse droite. Ils s&#8217;aiment, c&#8217;est absolument \u00e9vident et indubitable. L&#8217;un, qui a un sourire fier. Le regard, assur\u00e9. Il est heureux. Si heureux. L&#8217;autre, bien de face, est plus r\u00e9serv\u00e9. Le sourire est un petit peu crisp\u00e9. Plus doux, moins conqu\u00e9rant. Il sens le caract\u00e8re scandaleux du clich\u00e9. Pourtant il est l\u00e0. Sous son uniforme, la cravate bien nou\u00e9e, il est pr\u00e9sent. Son c\u0153ur bat tr\u00e8s fort, j&#8217;en suis certain. Il savoure aussi cet instant. Que n&#8217;a-t-il pas v\u00e9cu pour aboutir \u00e0 cet instant ? Des vexations, des violences peut \u00eatre. La peur d&#8217;\u00eatre d\u00e9couvert ? Une fianc\u00e9e pour donner le change, abandonn\u00e9e rapidement ? Le rejet de sa famille, la honte de son p\u00e8re ? Ont-ils fr\u00e9mi lorsque le photographe, forc\u00e9ment complice, a dit &#8220;on ne bouge plus&#8221; ? Les mains se sont elles resserr\u00e9es un petit peu ? Se sont ils jet\u00e9s un regard, une fois le flash \u00e9teint? Se sont ils embrass\u00e9s, pudiquement ? L&#8217;autre, plus assur\u00e9, a-t-il plong\u00e9 ses l\u00e8vres au creux du coup de l&#8217;un, caressant du bout des l\u00e8vres la douceur de sa peau ? Inspirant lentement son parfum d&#8217;homme, de son homme, qu&#8217;il reconnaitrait entre tous et qui le fait vibrer ? Je les imagines. Une rencontre de r\u00e9giment. Rencontre craintive, des regards fuyants, qui se trouvent finalement, qui jouent \u00e0 cache-cache avec les autres hommes, qui mentent aux uns et aux autres, \u00e0 leur famille et peut \u00eatre justement \u00e0 une fianc\u00e9e qui attend au village, des omissions quant aux permissions camoufl\u00e9es pour simplement se retrouver \u00e0 deux, et partir l\u00e0 o\u00f9 personne ne les reconnaitra, jusqu&#8217;\u00e0 aboutir un jour devant cet appareil photo. Cela a-t-il dur\u00e9 plus que la p\u00e9riode militaire ? Ont-ils su, ont-ils pu maintenir cet amour ? J&#8217;aime imaginer qu&#8217;ils y sont parvenu, mais par quel truchement ? Vieux gar\u00e7ons opportun\u00e9ment voisins ? Qu&#8217;ont-ils bien pu faire de leur vie ? J&#8217;essaie de leur inventer un trajet de vie. L&#8217;un garagiste, l&#8217;autre boulanger ? Ou bien Journaliste ? Ouvrier ? Musicien peut \u00eatre. Mari\u00e9s infid\u00e8les, amants \u00e9ternels ? Peut \u00eatre, h\u00e9las, que l&#8217;un ou l&#8217;autre, peut \u00eatre m\u00eame les deux, sont de toute fa\u00e7on morts sur un champ de bataille quelques semaines, quelques mois apr\u00e8s et qu&#8217;\u00e0 l&#8217;instant du dernier soupir, ils ont pens\u00e9 et vu l&#8217;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux hommes si jeunes, morts d\u00e9sormais, j&#8217;aimerai lire leur vie dans leur yeux, deviner et m&#8217;inviter dans leur avenir maintenant \u00e9coul\u00e9, croire, surtout, qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 heureux malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 les autres, et que ces deux regards si beaux, ces deux sourires si forts, ces mains r\u00e9unies si puissantes ont eu le droit \u00e0 une v\u00e9ritable histoire, que les regards se sont vus vieillir, que les sourires se sont embrass\u00e9s longtemps, que ces mains se sont caress\u00e9es pendant des ann\u00e9es. Je l&#8217;esp\u00e8re intens\u00e9ment, et j&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;avant d&#8217;arriver dans cette collection puis page 104 de ce livre, cette photographie est rest\u00e9e dans un portefeuille, dans la poche de poitrine de l&#8217;un d&#8217;eux et qu&#8217;elle a accompagn\u00e9 les battements de son c\u0153ur. Qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 un encouragement dans chacun des moments difficiles. L&#8217;assurance que quelque part, l&#8217;autre pensait comme lui, et pensait \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.leslibraires.fr\/livre\/17397577-ils-s-aiment-un-siecle-de-photographies-d-homm--collectif-les-arenes\"><em>Ils s&#8217;aiment, Un si\u00e8cle de photographies d&#8217;hommes amoureux 1850-1950.<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ec56229aec51f1baff1d-185c3068e22352c56024573e929788ff.ssl.cf1.rackcdn.com\/attachments\/large\/6\/6\/6\/008252666.jpg\" alt=\"Ils s'aiment, Un si\u00e8cle de photographies d'hommes amoureux 1850-1950\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est Matoo qui m&#8217;a fait d\u00e9couvrir ce livre. J&#8217;ai eu imm\u00e9diatement envie de le poss\u00e9der. Je n&#8217;ai pas r\u00e9sist\u00e9 longtemps. Il est beaucoup plus volumineux que je n&#8217;avais imagin\u00e9. 350 clich\u00e9s, \u00e7a prend de la place. 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