{"id":146,"date":"2020-10-27T00:18:02","date_gmt":"2020-10-26T23:18:02","guid":{"rendered":"http:\/\/ral3020.fr\/?p=146"},"modified":"2020-10-27T00:24:09","modified_gmt":"2020-10-26T23:24:09","slug":"une-plume-dans-le-sable-froid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/10\/27\/une-plume-dans-le-sable-froid\/","title":{"rendered":"Une plume dans le sable froid"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Immense. \u00c0 perte de vue, litt\u00e9ralement : je ne voyais pas le bout de la plage. Je ne distinguais plus le sable de l&#8217;oc\u00e9an, et l&#8217;oc\u00e9an de la brume. Tout \u00e9tait de la m\u00eame couleur, un beige for\u00e7ant sur le jaune, l&#8217;ocre. Comme si octobre essayait, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, de r\u00e9chauffer un peu la plage. C&#8217;\u00e9tait un \u00e9chec et cette bataille perdue annon\u00e7ait les embruns des temp\u00eates d&#8217;hiver. C&#8217;est la seconde fois que je venais ici, en quelques mois. On pourrait dire semaines, tant c&#8217;est rapproch\u00e9. Assez pour avoir un sentiment de familiarit\u00e9. Assez peu pour ressentir une saison diff\u00e9rente. Trouver dans cette arri\u00e8re saison un autre plaisir : celui du calme, de la fra\u00eecheur qui fait frissonner, d&#8217;un d\u00e9but de lutte avec la nature qui est l&#8217;antichambre du r\u00e9confort trouv\u00e9 en rentrant dans la chaleur de la maison. Cette lutte, oh bien gentillette, je l&#8217;ai ressenti tout au bout de la plage, loin apr\u00e8s les autres, plus loin m\u00eame que les habituelles zones naturistes des plages d&#8217;\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 la zone des familles aux enfants se roulant dans le sable, apr\u00e8s avoir effac\u00e9 la zone des surfeurs qui d\u00e9cha\u00eenent toujours l&#8217;imagination avec leurs combinaisons noires et moulantes, apr\u00e8s avoir enjamb\u00e9 la zone des p\u00eacheurs avec leurs cannes et autres filets, apr\u00e8s m\u00eame avoir travers\u00e9 la zone des punks \u00e0 chien qui, m\u00eame ici, semblent un peu plus bourgeois qu&#8217;ailleurs. En tailleurs sur le sable humide, ils sirotent les canettes en fumant, ils font m\u00eame un petit signe lorsque nos regards se croisent tandis que les chiens, derri\u00e8re eux, creusent le sable et courent de la dune \u00e0 l&#8217;oc\u00e9an. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&#8217;est l\u00e0, sur ce tapis de sable fin entrecoup\u00e9 d&#8217;intrus &#8211; des petits cailloux polis, des coquillages bris\u00e9s, des d\u00e9bris de bois flott\u00e9s et m\u00eame, une plume -, sur ce tapis donc, un peu humide et froid, que je me suis senti vivre pleinement cette arri\u00e8re saison. L&#8217;air iod\u00e9 plein les narines, je me suis laiss\u00e9 \u00e0 m&#8217;allonger sur ce tapis blanc cass\u00e9. Tant pis pour le sable humide plein les v\u00eatements, tant pis. Le bruit du vent et des vagues \u00e9tait seulement troubl\u00e9 par les paroles des amis. Nous parlions de choses et d&#8217;autres. On \u00e9chaffaudait des th\u00e9ories sur les deux gar\u00e7ons qui plus loin, marchaient eux aussi vers l&#8217;inconnu alors qu&#8217;ils avaient fait bipp\u00e9 le gaydar. \u00c9taient ils ensembles ? Potes ? Pourquoi cette s\u00e9ance photo sur la plage, accroupis chacun leur tour, si ce n&#8217;est pour alimenter leurs profils grindr ? Ou bien tindr ? C&#8217;est peut \u00eatre plus tindr que grindr, la photo un peu romantique sur une plage balay\u00e9e par le vent d&#8217;octobre ? On parle de nos ann\u00e9es qui passent, notre exp\u00e9rience \u00e0 reconna\u00eetre nos semblables qui s&#8217;affine. J&#8217;\u00e9coute distraitement. Les yeux ferm\u00e9s, je sens le vent charg\u00e9 de grains de sables frapper mes joues, mon front, mes paupi\u00e8res closes. Je sens du sable se frayer un chemin dans l&#8217;oreille. Se fixer sur la commissure des yeux, humides. Il y en a tellement que je soup\u00e7onne un des deux amis d&#8217;aider un peu le vent. J&#8217;entrouvre un \u0153il, j&#8217;\u00e9tablis son innocence. Ce n&#8217;est que le vent.    J&#8217;avais envie de respirer de toute mes forces, de savourer ce moment. Alors j&#8217;ai respir\u00e9 de toutes mes forces jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;ivresse, jusqu&#8217;\u00e0 la naus\u00e9e, jusqu&#8217;\u00e0 sentir le sable devenir mou et mouvant, jusqu&#8217;\u00e0 me sentir tanguer. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&#8217;ai savour\u00e9 ce vent abrasif, ce paysage flou, ce froid h\u00e9sitant, ce parfum d&#8217;iode pr\u00e9gnant et jusqu&#8217;aux crissement des grains de sables infiltr\u00e9s jusque entre les dents. J&#8217;ai savour\u00e9, enfin, les amis, leur pr\u00e9sence rassurante que je ressentais autant que j&#8217;entendais. Une main dans une poche, l&#8217;autre referm\u00e9e sur le t\u00e9l\u00e9phone. Mon bonheur eut \u00e9t\u00e9 parfait si, \u00e0 la place de ce b\u00eate t\u00e9l\u00e9phone, mes doigts avaient enlac\u00e9 une main.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/p\/CG0zFyxhiRs\/?igshid=180c7kh5l6ppo\">https:\/\/www.instagram.com\/p\/CG0zFyxhiRs\/?igshid=180c7kh5l6ppo<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Immense. \u00c0 perte de vue, litt\u00e9ralement : je ne voyais pas le bout de la plage. Je ne distinguais plus le sable de l&#8217;oc\u00e9an, et l&#8217;oc\u00e9an de la brume. Tout \u00e9tait de la m\u00eame couleur, un beige for\u00e7ant sur le jaune, l&#8217;ocre. Comme si octobre essayait, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, de r\u00e9chauffer un peu la plage. C&#8217;\u00e9tait un &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/10\/27\/une-plume-dans-le-sable-froid\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Une plume dans le sable froid&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-146","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=146"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":151,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions\/151"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}