{"id":139,"date":"2020-10-16T00:01:32","date_gmt":"2020-10-15T22:01:32","guid":{"rendered":"http:\/\/ral3020.fr\/?p=139"},"modified":"2020-10-16T00:15:47","modified_gmt":"2020-10-15T22:15:47","slug":"lesplanade-du-tout-et-nimporte-quoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/10\/16\/lesplanade-du-tout-et-nimporte-quoi\/","title":{"rendered":"L&#8217;esplanade du tout et n&#8217;importe quoi"},"content":{"rendered":"\n<p>Une bourrasque me fait presque vaciller. \u00c7a brasse toujours \u00e0 cet endroit. Je persiste: je veux continuer \u00e0 suivre ce gar\u00e7on au jean gris ajust\u00e9 juste comme il faut. Je pousse le vent devant moi, je vois que lui aussi lutte un peu. Ses cheveux, pourtant assez courts, virevoltent. \u00c7a fait bien 50 m\u00e8tres que je le poursuis. En v\u00e9rit\u00e9 lorsque je suis arriv\u00e9 sur l&#8217;esplanade, je n&#8217;ai pas saisi imm\u00e9diatement que c&#8217;\u00e9tait quelqu&#8217;un. Il faisait un exercice de gymnastique sur des marches d&#8217;escalier. Le pont, comme quand on \u00e9tait petits, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Sauf que lui avait les mains 3 marches plus bas que les pieds, et parvenait pourtant \u00e0 tenir parfaitement courb\u00e9. Son t-shirt \u00e9tait aussi largement remont\u00e9 sur son torse, laissant appara\u00eetre un ventre coup\u00e9 bien sym\u00e9triquement par une ligne de poils remontant vers les pectoraux, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9. De l&#8217;autre, cette ligne ch\u00e2tain clair accompagnait l&#8217;\u0153il \u00e0 la ceinture, puis sur ce jean, gris donc, qui fuselait des cuisses agr\u00e9ablement galb\u00e9es. Entre, \u00e9videment, la bosse du d\u00e9sir avait capt\u00e9 mon regard et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 doucement ma respiration. Je suis rest\u00e9 \u00e0 le regarder tenir ainsi une demi minute, pas trop loin et pas tr\u00e8s discr\u00e8tement. J&#8217;ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 voler une photo pour le mini groupe WhatsApp des potes qui, comme moi, auraient appr\u00e9ci\u00e9 le spectacle \u00e0 sa juste valeur. Je ne l&#8217;ai pas fait, un peu par crainte de me faire griller, un peu par honte de passer pour un genre de pr\u00e9dateur d\u00e9traqu\u00e9. \u00c7a n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 grand chose compar\u00e9 \u00e0 ma d\u00e9cision de le suivre apr\u00e8s qu&#8217;il se fut relev\u00e9, qu&#8217;il eut r\u00e9ajust\u00e9 son t-shirt en cachant ainsi des abdos dessin\u00e9s juste comme il faut, puis remis son pull et enfin sa veste, pris ses affaires et se soit mis en chemin. C&#8217;\u00e9tait uniquement pour le plaisir de regarder son cul. Alors, bon, passer pour un pr\u00e9dateur\u2026 Mais c&#8217;\u00e9tait si beau \u00e0 regarder. C&#8217;est le plaisir de la balade sans destination : la destination devient celle o\u00f9 le hasard guide les pas, et o\u00f9 les yeux emportent l&#8217;imagination.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Me disant cela, j&#8217;ai le regard attir\u00e9 par un petit groupe, 4 personnes, dans un coin de la tour nord-est. Par ce froid, ils semblent pique niquer. Qui pique nique un samedi soir d&#8217;octobre sur le parquet de l&#8217;esplanade de la biblioth\u00e8que Fran\u00e7ois Mitterrand ? \u00c0 quelques \u00e9clats d&#8217;une lumi\u00e8re vacillante, je constate qu&#8217;ils ont allum\u00e9 des bougies. Intrigu\u00e9, je ralenti, ralenti, et d\u00e9vie l\u00e9g\u00e8rement pour me rapprocher. Je r\u00e9alise que ce petit groupe, emmitoufl\u00e9 dans des doudounes, est en train de se pr\u00e9parer une raclette. Il y a l\u00e0 un peu de charcuterie, un paquet de fromage en tranches. J&#8217;ai envie de rire tant c&#8217;est improbable. Je ne suis pas certain qu&#8217;ils soient confortables, je ne suis pas certain que leurs bougies chauffent assez pour fondre le fromage, je suis pourtant certain qu&#8217;il vont passer une bon moment : M\u00eame rat\u00e9e, leur soir\u00e9e sera assez inattendue pour \u00eatre m\u00e9morable.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Pendant ce temps, le pantalon gris a fait une \u00e9chapp\u00e9e et d\u00e9j\u00e0, il dispara\u00eet de mon regard et de mon esprit. Entre les issues de secours de la biblioth\u00e8que et un passage destin\u00e9 \u00e0 je ne sais quoi, zone un groupe de jeune. La parole forte, les gestes amples, les rires gras : ils sont exactement le clich\u00e9 du groupe d&#8217;adolescents. Mes yeux glissent le long des murs en b\u00e9tons, tombent sur deux gar\u00e7ons, joggings un peu ample, tshirt ajust\u00e9s r\u00e9p\u00e9tant une chor\u00e9graphie. Mouvements larges, \u00e9tendus, successions de mouvements rapides et de pauses marqu\u00e9es. Je n&#8217;entends pas leur musique, ca n&#8217;en est que plus beau : je ne vois que la pr\u00e9cision des gestes, la r\u00e9gularit\u00e9 des encha\u00eenements, le synchronisme des corps, l&#8217;amplitude emphatique des moulinets de bras, la rectitude s\u00e9v\u00e8re des pas chass\u00e9s. L&#8217;un d&#8217;eux me jette, un regard. J&#8217;esquisse un vague sourire, un peu g\u00ean\u00e9. Nos yeux restent accroch\u00e9s quelques fragments de seconde, c&#8217;est \u00e0 la fois court et interminable. J&#8217;aurai voulu transmettre dans cet instant mon admiration pour leur courage \u00e0 s&#8217;entra\u00eener ainsi, un soir venteux d&#8217;octobre. Leur indiff\u00e9rence aux regards des badauds qui comme, s&#8217;interrogent vaguement sur leur but ou les ignorent surement. Et surtout pour la beaut\u00e9 de leur art, inattendu ici. Pourtant je n&#8217;ose pas m&#8217;arr\u00eater, je passe devant eux. J&#8217;aurai du.<\/p>\n\n\n\n<p><br>C&#8217;est pass\u00e9, c&#8217;\u00e9tait beau, c&#8217;\u00e9tait instantan\u00e9, c&#8217;est pour \u00e7a que j&#8217;aime cette esplanade. Le vide y est toujours empli de tout et n&#8217;importe quoi, ce qui est la plus parfaite preuve de son humanit\u00e9, non ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une bourrasque me fait presque vaciller. \u00c7a brasse toujours \u00e0 cet endroit. Je persiste: je veux continuer \u00e0 suivre ce gar\u00e7on au jean gris ajust\u00e9 juste comme il faut. Je pousse le vent devant moi, je vois que lui aussi lutte un peu. 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