{"id":125,"date":"2020-08-14T19:50:00","date_gmt":"2020-08-14T17:50:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ral3020.fr\/?p=125"},"modified":"2020-08-13T19:51:10","modified_gmt":"2020-08-13T17:51:10","slug":"bribes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ral3020.fr\/index.php\/2020\/08\/14\/bribes\/","title":{"rendered":"Bribes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bruit de scooter, par la fen\u00eatre ouverte. J&#8217;entends un craquement l\u00e9ger et une voix \u00e9touff\u00e9e. Est-ce un r\u00eave ? Je m&#8217;imagine dans un fauteuil. Je n&#8217;y suis pas. Je suis ailleurs, l&#8217;esprit embrum\u00e9, \u00e9gar\u00e9 dans cet \u00e9trange \u00e9tat entre sommeil et \u00e9veil. J&#8217;en ai conscience. Je cherche \u00e0 y rester. C&#8217;est si agr\u00e9able. Se sentir dormir, avoir conscience de son repos, c&#8217;est presque aussi jouissif que le parfum de la brioche chaude un matin d&#8217;hiver. Je me retourne langoureusement, par mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s. J&#8217;ai mal \u00e0 l&#8217;oreille droite. Satan\u00e9es bouchons d&#8217;oreilles. \u00c9tal\u00e9 sur le lit, je roule sur le dos. Bien \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ressens un l\u00e9ger torticolis. Agacement. Je respire lentement. Entre les volutes des r\u00eaves, je per\u00e7ois un fauteuil, des visages et des id\u00e9es, un fauteuil club un peu d\u00e9glingu\u00e9, jamais je ne saurait ce qu&#8217;il fait l\u00e0. Des montagnes frapp\u00e9es par des vagues dont je sens jusqu&#8217;au go\u00fbt sal\u00e9. Un rire d&#8217;enfant. Des p\u00e9tillements. Associ\u00e9e \u00e0 un m\u00e9lange d&#8217;excitation et de profond laisser-aller, je sens une id\u00e9e se frayer un passage. &#8220;C&#8217;est ainsi, pas \u00e9veill\u00e9, pas endormi, que les instants sont beaux. C&#8217;est pur, c&#8217;est authentique. On touche du doigt la v\u00e9rit\u00e9 po\u00e9tique de l&#8217;inconscient en y acc\u00e9dant sans les excessives gesticulations de l&#8217;alcool ou d&#8217;autres artifices. Il faudrait l&#8217;\u00e9crire, mais l&#8217;\u00e9crire c&#8217;est se r\u00e9veiller et se r\u00e9veiller, c&#8217;est quitter et oublier. Dommage. Je ne veux pas&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me dis que ce r\u00e9veil nocturne est de mauvais augure, qu&#8217;il ne faut pas y c\u00e9der, ou plut\u00f4t qu&#8217;il faut c\u00e9der, s&#8217;abandonner, retourner au sommeil. Se r\u00e9veiller seul, de traviole dans le lit, c&#8217;est comme une mauvais nuit dans un h\u00f4tel inconfortable, mais \u00e0 domicile. Je sens l&#8217;\u00e9chec venir, les brumes, partir. Les id\u00e9es engourdies, je m&#8217;empare du t\u00e9l\u00e9phone. M&#8217;interdit de regarder l&#8217;heure. Onenote. J&#8217;y balbutie quelques sensations avant qu&#8217;elles ne s&#8217;effilochent. Le fauteuil. Les embruns. Les p\u00e9tillements. Il faudrait l&#8217;\u00e9crire, plus tard, et pour \u00e7a conserver un souvenir. Il fait un peu trop chaud. Les draps sont un peu moites. C&#8217;est la nuit. Le scooter \u00e9tait solitaire. C&#8217;est l\u2019obscurit\u00e9 et le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve, toujours en proie au mar\u00e9cages des songes. La d\u00e9marche est hasardeuse. Je veux savourer ce r\u00e9veil. A contre courant, je cherche \u00e0 rester dans l&#8217;oc\u00e9an absurde des r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous mes pieds, le parquet s&#8217;enfonce, un peu, comme dans ce mar\u00e9cage. Il grince. Je pense \u00e0 des gar\u00e7ons. Des beaux. Des s\u00e9duisants. Lui, en particulier, qui m&#8217;\u00e9meut et qui fait hoqueter mon c\u0153ur. Je me dis que j&#8217;aurai aim\u00e9 le d\u00e9couvrir dans mon lit, \u00e0 l&#8217;entracte de cette nuit. J&#8217;aurai senti sa pr\u00e9sence. Son odeur. Il n&#8217;y est pas. A dire vrai, j&#8217;ignore m\u00eame son parfum nocturne. Je n&#8217;ai que la ressource de la r\u00eaver. Seul dans le couloir, je progresse jusqu&#8217;\u00e0 la cuisine. Le froid du carrelage se substitue au craquement du parquet. J&#8217;ai laiss\u00e9 la fen\u00eatre ouverte. Il fait frais. Pas froid, juste frais. Je repense \u00e0 lui, qui faisait cette diff\u00e9rence que j&#8217;ai adopt\u00e9e. Je me sens las. Le froid de la rue, de la nuit, de l&#8217;air de Paris, se d\u00e9verse dans la cuisine, remonte mes jambes, saisi ma taille, glisse dans mes narines. J&#8217;en emplis mes poumons, \u00e0 fond, les yeux ferm\u00e9s, accoud\u00e9 \u00e0 la rambarde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reste l\u00e0, ballott\u00e9 par les sensations, un instant. Je laisse la t\u00eate verser. Savourer. Savourer l&#8217;\u00e2me encore \u00e9gar\u00e9e. Tout est beau, dans les limbes. Il n&#8217;y a pas d&#8217;heure, pas de contrainte, pas de principe. Juste la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le froid se fait plus insistant. Je me sens frissonner. J&#8217;entends le battement de l&#8217;horloge. Je ne veux pas savoir l&#8217;heure, je veux replonger dans le r\u00eave. Juste assez conscient, je sais qu&#8217;il ne me reste plus longtemps pour sortir d\u00e9finitivement du sommeil. Je sens que j&#8217;ai encore une chance de repartir ais\u00e9ment, je ne suis pas encore assez ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 pour m&#8217;y accrocher pour une nouvelle journ\u00e9e. Je n&#8217;en ai pas envie. Je laisse un profond b\u00e2illement \u00e9craser mes \u00e9paules, puis j&#8217;inspire lentement, longuement, presque langoureusement, le sourire aux l\u00e8vres. S&#8217;il \u00e9tait l\u00e0, je le rejoindrai. Il ne l&#8217;est pas, alors du m\u00eame pas lent et irr\u00e9gulier, je rejoins l&#8217;obscurit\u00e9 moite, d\u00e9pose machinalement le t\u00e9l\u00e9phone, m&#8217;\u00e9tale, m&#8217;\u00e9parpille, m&#8217;\u00e9tends, m&#8217;\u00e9tire, et, dans une longue expiration, me laisse engloutir encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bruit de scooter, par la fen\u00eatre ouverte. J&#8217;entends un craquement l\u00e9ger et une voix \u00e9touff\u00e9e. Est-ce un r\u00eave ? Je m&#8217;imagine dans un fauteuil. Je n&#8217;y suis pas. Je suis ailleurs, l&#8217;esprit embrum\u00e9, \u00e9gar\u00e9 dans cet \u00e9trange \u00e9tat entre sommeil et \u00e9veil. J&#8217;en ai conscience. Je cherche \u00e0 y rester. C&#8217;est si agr\u00e9able. 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